Ça va cogner chez SKA. Avril, le mois spécial BOXE !

En ce mois d’avril, SKA a réservé ses publications à des textes ayant pour sujet la boxe.

Un figure offerte de la mort 

Chaque match de boxe est une histoire
– un drame sans paroles, unique et très condensé […],
une histoire capricieuse dans laquelle n’importe quoi peut arriver.

De la boxe, Joyce Carol Oates

Cette fascination de la boxe exercée sur les écrivains, de quoi est-elle le nom ? Sans doute parce que le tragique de l’existence se plaque sur le « tragique de la boxe ». Et que dans ses arrière-cours, ce sport pugilistique offre tous les ingrédients du genre noir, présente des personnages de durs à cuir, de fieffés truands, retrace des destinées cruelles de pauvres bougres, dévoile des femmes vénéneuses. Ainsi le territoire du polar et du roman noir allait-il être envahi de rings, de salles d’entraînement,… de types faméliques, d’escrocs mirifiques, de personnages interlopes, de vamps dévoreuses d’énergie… en bref, de la sueur, du sang et du fric, la matière première constituant les briques d’histoires noires à souhait.

Qualifié de « noble art » par les puristes, la boxe professionnelle, dans une scénographie immuable et un environnement héroïsé, n’en reste pas moins un affrontement où se combinent destins individuels, trajectoires sacrificielles, et combines, voire truquages. Ce ne sont que des « vieilles histoires de gladiateurs », résume Alexis Philolenko dans sa monumentale Histoire de la boxe. Sur un ring « carré », cependant, avant tout, « ce qui fascine dans la boxe, c’est la capacité de résistance d’un homme, l’aspect dramatique du combattant… »

sevresLa boxe exerce un attrait indéniable sur les faiseurs de fiction. « Ecrire sur la boxe, ça m’intéresse comme expérience littéraire », nous dit récemment David Fauquemberg, auteur de Mal tiempo (10/18). Dans la mise en œuvre des récits, on peut différencier deux approches : la première place la boxe et les protagonistes de ce sport au cœur de l’intrigue dans son entier, on relèvera dans cette catégorie Le roi du KO de Harry Crews, par exemple ; la seconde est plus modeste, l’auteur nous présente un unique épisode de boxe au cœur du roman, l’un des exemples le plus « frappant » (sic) figure dans Moisson rouge de Dashiell Hammett.

La boxe fut et demeure un sujet littéraire dont se sont emparés de très nombreux écrivains réunis devant un affrontement de deux hommes jouant le « drame de la vie dans leur chair ». On peut dresser la longue liste : Homère, Virgile, Charles Baudelaire, Théophile Gautier, Jules Vallès, Arthur Conan Doyle, Raymond Queneau, Jean Prévost, Louis Hémon, Jack London, Arthur Cravan, James Ellroy, Norman Mailer, Ernest Hemingway, Joyce Carol Oates, Henri Montherlant, Paul Morand, Albert Camus, Jean Cocteau, etc. A laquelle s’ajoute la cohorte des auteurs du noir ferraillant sur ce thème fécond, il en est ainsi de jeunes auteurs explorant ou utilisant l’univers « boxique » au-delà des archétypes des romans dits de « ring » parmi lesquels nous distinguerons : Incardona, Varenne, Georget, Guez…

Tous ces écrivains nous disent que « le dernier des hommes est encore notre frère ».

Le polar a trouvé dans la boxe un giboyeux terrain d’aventures littéraires. Ainsi de grands livres maillent-ils l’histoire du genre ; comme l’évoque Claude Mesplède dans la revue des Amis des littératures policières « 813 ».

A piece of steakParmi les auteurs de polars existe une catégorie singulière : les auteurs boxeurs en activité ou ayant raccroché les gants. On y rencontre un grand devancier en la personne de Sir Arthur Conan Doyle, le père de Sherlock Holmes. Egalement plus proche de nous, citons Joseph Incardona et Rachid Santaki qui nous offrent respectivement Adrenaline et Putes à ring, entre l’esthétisme du beau geste et la besogne d’un bourrin de la boxe, une femme en cette occurrence.

Stéphane Prat, dans sa préface à A peace of steak de Jack London nous présente ce qui est sans doute l’un des textes le plus important, presque fondateur, de cette littérature dans la traduction un peu datée de Louis Postif. Jean-Marc Demetz nous conte les mésaventures de Marceau, un as de la savate, au destin brisé durant la première guerre mondiale. Dans 10 rounds, Jan Thirion décrit dix épisodes, dix histoires, dix personnages de la tragédie du ring. Le dernier combat de Michel Baglin, c’est celui d’un champion à qui on renvoie son appartenance à un pays au-delà de la Méditerranée. Avec Bas les gants, José Noce nous embarque dans les rapports singuliers entre un entraineur et son poulain. Sugar, signé Laurence Biberfeld, c’est l’histoire de Davey Moore dopé à l’odeur de femme. No limit ! de Jérémy Bouquin nous décrit l’univers impitoyable et violent de la boxe féminine, sur le même terrain que la nouvelle de Rachid Santaki. Amin’s blues de Max Obione est un roman noir mêlant blues et boxe dans le sud profond des Etats Unis et Jab, enfin, est une sorte de reportage en direct d’un combat amateur.

-o-

Gageons que la livraison de SKA « spécial boxe » vous incitera à lire ou à relire les grands polars consacrés à la boxe, dont certains font sentir immédiatement leur effet, tel un direct au plexus ! K.O. ! NOIR !

 Max Obione
Avril 2014
(Ce texte figure en préface de Jab) 

NDLE : Dans les textes proposés par SKA, il s’agit principalement de la boxe – dite anglaise ; la boxe française et les formes contemporaines du combat sur un ring utilisant les pieds, les genoux, les coudes et les poings : thaï, kick-boxing, etc. apparaissent peu ou pas encore dans le polar. L’univers de la boxe est source de fiction comme il est exposé, et dans ce champ, on retrouve le compagnonnage du cinéma, de la photographie ainsi que de la BD. Le cinéma a produit quelques chefs d’œuvre, parmi les grands films de « ring », citons entre autres le Raging bull de Martin Scorcese.

 

 

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